Un autre Festival d'Avignon...
L'espoir est possible
Vous avez été nombreux à vivre ces dernières années des émotions particulièrement contradictoires en venant participer à cette grande fête que fut le Festival d’Avignon. Il fut une grande fête et petit à petit il est devenu une Foire. Le glissement a été imperceptible au début mais aujourd’hui la métamorphose est en passe d’être achevée.
Les évènements marquants de ces dernières années ont débuté avec l’annulation du Festival en 2003. Le désarroi des gens du spectacle vivant était l’écho retentissant du manque de vision de la Nation face à la seule économie durable et nécessaire de notre société : la Culture.
Des voix se sont élevées, elles exprimaient clairement leur volonté de poursuivre le développement et le rayonnement culturel de notre pays, seuls garants de notre pérennité et de nos revenus futurs. En face aucune réponse. Rideau.
Le manque que créa chez les Festivaliers cette annulation offrait aux programmateurs la possibilité d’oser toutes les audaces et de renouer avec une grande fête populaire à laquelle tout le monde aspirait.
Au lieu de cela, en 2005 se déroulait l’une des plus pathétiques programmation du In, offrant à voir le chaos duquel ne surgit aucune lumière, infligeant la nausée à nombre de spectateurs dont le plaisir magique de la représentation fut tyrannisée par des « artistes autistes et heureux de l’être ». Le Off de son côté continuait sa croissance, sans que rien ne semble pouvoir l’arrêter, vers une profusion étouffante de toutes les formes existantes du spectacle vivant.
L’essoufflement de la création contemporaine qui se fit jour cette année là était si flagrant que le budget alloué à de telles créations donne autant le vertige que les parachutes dorés que s’allouent certains patrons qui mettent leur entreprise en danger.
Nous étions nombreux à penser qu’après avoir toucher le fond, l’avenir ne pouvait être que meilleur pour notre cher et adoré Festival.
Heureusement on n’octroya un peu de répit à nos esprits martyrisés par tant de folie destructrice. Mais voilà qu’en 2008, le monstre tapis dans l’ombre montra à nouveau le bout de son nez, cette fois avec des moyens financiers hors du commun. En la personne de Roméo Castellucci les espoirs les plus fous des destructeurs contemporains purent se réaliser. Son Inferno faisait déjà roder la mort dans l’enceinte du Palais des Papes avant de la répandre quelques mois plus tard sur le plateau en faisant prendre des risques inconsidérés aux techniciens et comédiens réduits dans ses tentatives au rang de vulgaires objets figurants. Il avait déjà franchit la limite qui sépare la représentation et la réalité depuis longtemps mais tout cela franchissait un palier supplémentaire.
Loin de s’arrêter en si bon chemin nous fumes invités à assister à son Purgatorio. Et là le sommet fut atteint. Des spectateurs furent pris de malaises, certains choqués profondément, ayant eu la sensation de vivre un véritable viol. Des témoignages ont pu révéler que parfois une envie de mourir s’est emparée de personnes fragiles au moment de la représentation. Cela suffit !
Peut-on jouer aussi légèrement avec le risque, avec les limites subtiles entre la fiction et la souffrance réelle, entre le danger et l’illusion du contrôle, entre la vie et la mort ?
O Jean Vilar ! Tes enfants sont devenus fous et rien ne semble pouvoir les arrêter. Ils nous ont même ôté le plaisir immense que nous avions à collectionner les affiches merveilleuses des années 80 et 90. Aujourd’hui tout le monde détourne les yeux devant le fluide glacial qui orne les murs de la ville. Nos vieilles pierres ont la primeur de la tristesse générale qui s’annonce chaque année et s’amplifie.
Peut-on continuer à faire la promotion de ce théâtre là et lui donner les moyens d’autodestruction de l’art millénaire que l’on aime tant ? Peut-on continuer à faire l’apologie d’artistes qui vident les théâtres ou qui écœurent les spectateurs qui tente l’expérience pour la première fois ? Peut-on renouer avec une grande fête populaire qui rassemble et fortifie notre sentiment d’appartenance à la grande Civilisation Humaine ancienne et nouvelle ?
Au moment où de nouvelles voies s’ouvrent devant nous, où le théâtre doit illuminer l’avenir, redonner de l’espoir, un autre Festival est possible. Nous essayerons sur ce site Internet d’en esquisser les contours et nous ferons la promotion des spectacles et des artistes qui éclairent le futur sous des formes contemporaines mais sans oublier leurs racines. Vous pourrez tous nous faire parvenir vos réflexions et alimenter ainsi le débat sur le nouveau départ que nous voulons pour le Festival.
Des hommes et des femmes de la Guadeloupe et de la Martinique ont déjà exprimés leurs idées à travers le « Manifeste des produits de haute nécessité ». Nous nous inscrivons dans cette démarche et nous rejoignons ainsi le Lyannaj.
Nos symboles seront un homme et une femme enlacés qui s’élèvent mais dont les pieds s’encrent dans le sol telles les racines de l’arbre. Terre et ciel ensemble à nouveau, plus de ténèbres perpétuelles.
Nous ferons nôtres deux citations célèbres mais oubliés :
« L’espérance est le songe d’un homme éveillé » Aristote
« A Peuple nouveau, Art nouveau » Victor Hugo
Les membres actifs de Festival Avignon Info.